Gabrielle Sarthou





Sans blanc




Le blanc m’épouvante, m’est insupportable, m’horripile, m’épuise les rétines. Lorsque je croise le blanc, je suis prise d’un intenable sentiment de vide, de désert – vertige du regard qui chute à l’infini.

(Juste avant de m’évanouir, je vois blanc.)

Je préfère fermer les yeux. Le blanc n’existe pas.

Le problème n’est pas du blanc, mais le blanc généralisé : la blancheur.  La blancheur est un concept abstrait, distant et susceptible d’être contaminé par le terme « pur ». Le blanc pur est un problème occidental auquel on ne peut échapper[1].

Le blanc est pluriel.

Au Maquis 2020 nous ne chassons pas le blanc, mais son hégémonie. Notre cible est la généralisation de la blancheur ainsi que les attributs et les préjugés qui lui sont associés, puis  inséparables.

La blancheur est accablée symboliquement à la vacuité, au manque d’être, à la perfection. Le blanc n’est pas absolu : il a sa microturbulence, son grain, sa richesse spectrale[2]. Il respire. Il crie. Se déchire.

Le blanc n’est pas le seul espace où l’art peut être vu, où l’imagination peut s’élever. Nous sommes pour les contrastes, les accords et les désaccords bariolés.



Le blanc en cube et comme espace d’exposition se prétend comme intemporel. Il marque la césure entre le quotidien et le temps d’appréciation esthétique[3].

Nous sommes contre le blanc cubique comme espace scellé, enfermé, contenu, sans appétit.

Contre l’immaculé.

Pour le tacheté.

Contre cette norme tacite, institutionnelle, qui nous fait oublier l’espace.

Nous sommes contre le white cube.

Pour le plywood.

Par l’utilisation de ce matériau brut, nous plions et déplions l’espace pour qu’il soit le plus tangible possible. Nous créons une géographie texturée qui s’éloigne de la vacuité ; le contraire du vide est le bois contreplaqué.

Nous prônons la texture rêche et chaleureuse du bois - la vraie vie -, colorée, odorante, pleine.  Le bois comme l’arbre, médiateur entre ciel et terre, comme maison et comme pilier affirmé.

La blancheur est en ruine.

Longue vie aux espaces vivants !


NB. Comme vous l’aurez compris, l’intention du Maquis était, tout d’abord, de proposer un espace d’exposition alternatif, aux allures déconstruites, incomplètes, rêches.  Étant donné la situation actuelle de pandémie globale, il n’aura pas été possible d’accomplir ce rêve en construisant un espace d’exposition fait de bois contreplaqué. En revanche, dans cette même optique, nous proposons cette édition entièrement virtuelle et colorée. Les couleurs ouvrent l’espace et s’ajoutent au sens. Elles proposent une histoire et sous-tendent des idées, vos idées, leurs idées. Bonne découverte !