Léa Martin





Que faire devant […] étant donné l’insuffisance de […], ou l’Art en réaction à son époque




3 février 2020

Nous sommes tou.tes assis.es dans une pièce et nous nous regardons créer. Une toute petite ou une plus grande partie de nous quitte notre corps et se transpose dans nos conceptions. L’essence du temps est concentrée entre nos mains sales. Le soleil se lève et se couche dans un ordre qui parait indérogeable. Je reste alerte à la douleur du monde qui semble être en constante croissance. Artistes comme théoricien.nes, nous travaillons dans un univers qui peut sembler condamné, ingrat, hiérarchique.


Dans une exposition au Cégep du Vieux-Montréal en 2018, Mathieu Beauséjour distribuait des cartes d’affaire à l’inscription : «Que faire devant le fascisme étant donné l’insuffisance de la démocratie». La carte, usée par le temps, est encore accrochée dans le coin inférieur du miroir dans lequel je me regarde à tous les jours. La formule, empruntée à Bataille, m’habite.


Que faire devant _________ étant donné l’insuffisance de ________.

Que faire devant la hiérarchie étant donné l’insuffisance de la démocratisation.

Que faire devant le système étant donné l’insuffisance des idées.

Que faire devant la douleur étant donné l’insuffisance de l’art.


Dans une époque de chaos où notre indice de vibration n’est qu’en constante croissance, quelle est la place de l’art? Notre monde est en feu, nos efforts sont-ils en vain?


Le 5 mars 1979, dans une lettre à Goran Dordevic, Carl Andre écrit «Je pense que le système de l’art entretient la même relation au système mondial que le séismographe au tremblement de terre. On ne peut changer un phénomène par l’entremise de l’instrument qui l’enregistre. Pour changer le système de l’art, il faut changer le système mondial.»


Ensemble, nous absorbons, digérons, condensons, comprenons, transformons, exposons l’esprit du temps. Notre collectivité parle des bonheurs comme des souffrances de notre ère. Notre dialogue est constant entre modeler notre monde et être modelé par lui. Nous sommes nos créations et nos créations sont nous. Le Maquis 2020 présente un art pluriel qui réagit à son époque, une époque en dé(construction).



3 juillet 2020

Le sentiment d’urgence nous habitait déjà avant l’effondrement de l’apparente justesse de notre monde. Réels séismographes, prophètes, nous avons compris le désordre et fait bon usage de la peur. N’oublions pas que de l’instabilité naissent les moments de grâce.


Une tempête transforme notre festival. Le déséquilibre nous pousse à courir plus vite. Acceptons l’ici maintenant; nous renaissons des décombres. Le maquis papier s’accroche à son mandat de diffusion et de partage tout en s’inscrivant dans un monde qui se métamorphose. Delta textes, delta art, delta Maquis. Nous nous sommes fidèles malgré les changements. Déconstruire pour mieux rebâtir sont nos mots d’ordre, de désordre et d’espérance. Nous voulions transformer le monde des arts, mais nous nous devons de transformer le monde tout court.