Tyna Awad


Les anneaux partagés




Tyna Awad étudie au baccalauréat en arts visuels et médiatiques. Sa pratique est conceptuelle et interdisciplinaire. Elle s’interroge sur les notions d’intangibilité, d’invisibilité et d’intériorité humaine.

Les anneaux partagés présente un objet significatif pour Tyna Awad par sa charge mnémonique.  L’anneau lui rappelle un amour perdu, à qui elle avait offert un anneau jumeau. Afin de matérialiser le sentiment d’inaccessibilité ressenti depuis la rupture, l’artiste a coulé la bague dans un cube de résine transparente. Le petit format du cube permet au public de le prendre dans sa main, mais l’anneau demeure intouchable, inaccessible. Il est impossible de le soustraire de la résine pour le porter à nouveau. La cristallisation de l’objet agit comme un mode de détachement, de guérison, mais aussi de sacralisation de l’objet et de son sens.















2019
résine époxy
5 cm x 5 cm x 4 cm sur socle






























Gabriel Leclerc-Giguère

Témoins de mon doigt








La fluidité d’une intimité nouvelle ne répond pas toujours au désir des êtres concernés. Elle n’est pas proportionnelle aux efforts, à l’amour ni à l’intérêt dépensé. En fait, elle découle plutôt d’un contexte, de points communs, de différences, de molécules chimiques présentes ou absentes, de langage corporel, de dynamiques de pouvoir... et malheureusement, aucunement du désir.

Témoins de mon doigt naît d’intimité, de frustration, de compromis et de désir. Fabriquée dans une structure de bois ressemblant à un petit lit, l’œuvre et l’artiste ont dormi dans le même espace pendant plusieurs jours, partageant des moments de solitudes, de repos et de changement. Multiples couches de plâtre y sont accumulées. Leclerc-Giguère manipule ces couches pour créer des vagues. Certaines sont à peine visibles, certaines sont fluides et certaines sont d’apparence plus mécanique. Ainsi, née de ce lit, est une plaque de plâtre au-dessus de laquelle pend un doigt de plâtre ; la source des vagues. Un poème, accroché de manière précaire partage l’espace avec la plaque et son doigt. Bougeant au rythme des courants d’air créé par les spectatrices∙teurs, son mouvement les force à naviguer l’œuvre, à partager son espace et son intimité un court moment. 





































Le poème va comme suit:





Je toucherai ta
surface Avec cet
espoir de toucher
le fond

Je ferai des vagues
des ondes
mécaniques Avec cet
espoir de fluidité

Je regarderai tes
yeux Eau trouble
puits sans fin

J'aurai
espoir De
retrouver
cette cité
perdue

Je fixerai
sans fin cette
mare sans
sortie

J'observerai
l'eau se
répandre se
troubler

Je chercherai un
moyen de plonger,
nager oublier la
fatigue

Pour me heurter à des
vagues mécaniques
témoins de mon doigt

- Gabriel Leclerc-Giguère





2019
Plâtre
108x52 cm

Maude Poirier-Felx


Necropolis



Le périple créatif de Maude Poirier-Felx se déploie dans l’optique d’un assemblage de vestiges ressuscités, d’empreintes-tremplins et de gestes gravés dans la mémoire. Ceux-ci sont soit apposés en deux dimensions (peau, papier, tissu), ou déployés en trois dimensions au cœur d’un microcosme. L’artiste cherche à créer un effet « piste de décollage » qui invite à voguer dans les confins de l’imaginaire.

Elle s’intéresse aux designs d’écosystèmes autorégulés élaborés par les créateurs des principes de la permaculture David Holmgren et Bill Mollison, où chaque élément remplit plusieurs fonctions et chaque fonction est remplie par plusieurs éléments. Elle s’inspire aussi de certaines notions holistiques telles l’homéostasie et le mutualisme. Son processus de création débute par la collecte de matériaux dans les ruelles, les centres de don et dans certains écosystèmes aussi urbains que ruraux. Elle récupère aussi certains objets qui appartenaient à ses proches ou à des personnes défuntes. Depuis quelques années, elle se penche sur l’art funéraire d’ici et d’ailleurs afin de proposer une option qui résonne davantage avec l’époque actuelle.






















Necropolis se présente tel un microcosme duquel Maude Poirier-Felx a tenté de faire suinter une atmosphère funéraire par-delà les dualités bien/mal, positif/négatif et lumineux/sombre. Les tronçons d’un arbre trouvé mort, qui affiche l’œuvre magnifique des parasites l’ayant achevé, illustre cette perception spontanée qui dissout les  frontières illusoires propres aux dualités. Cet univers rassemble des trésors dénichés lors d’errances fertiles : aiguilles de pin, cendres truffées de clous rouillés, charbon, pollen et semences. Maude Poirier-Felx agit minimalement sur chacune de ces substances, la trace humaine cherchant à se fondre dans l’ensemble. Toutes ces trouvailles aux teintes éteintes n’ont d’impact qu’une fois reliées et supportées grâce au dessin tracé dans l’espace par des courroies d’un orange enflammé.








2019
tronçon d'arbres, cendre, clous, pollen,
fleurs et semences de chardon-marie,
courroies à bois industrielle, aiguilles de pin

1,5 x 3,6 x 2 m










Geneviève Dagenais


18 680 heures




Ayant l’anthropologie et l’histoire comme motivateur instinctif principal, l’approcheartistique de Geneviève Dagenais vacille entre le documentaire, l'interactif et l'art public. C'est en s'inspirant de son environnement direct qu’elle situe l'humain dans son Concédant une perméabilité certaine aux récits qu’elle explore due aux sensibilités et à la nostalgie de ceux et celles qui les lui racontent, elle tente de les mettre en scène. Elle assume un filtre subjectif et exalté qui situe nos histoires entre réalité et chimère. En évoquant le charnel, la mémoire et l'anecdotique, elle cherche à dégager une atmosphère tantôt familière, tantôt déstabilisante, qui remet nos histoires enperspective. C'est par le sensoriel qu’elle aime revisiter ces histoires qu'on se raconte, qui nous habitent et que nous habitons.



Dans une approche documentaire, l’installation 18 680 heures rassemble les 29 résidences construites et rénovées entre 1952 et 1992 par Réal Dagenais, un citoyen originaire de Shawbridge né en 1936. Clouées à des charpentes de bois, les archives photographiques transférées sur des plaques de porcelaine façonnées nous renseignent sur l’époque et le contexte. 



















Entre bungalows et logements locatifs, ces constructions appellent à la réalité ouvrière de classe moyenne d’une certaine époque dans les Laurentides. Évoquant le banal d’un mouvement de l’œil, il suffit de se poser pour écouter les histoires qu’elles racontent.

Cette installation propose un voyage temporel aux histoires tendres qui sont aussi bien anecdotiques  que cocasses.  Dans une ambiance familière, cet enregistrement sonore expose l’essence de ces résidences : des maisons qui renferment leurs propres histoires.

18 680 heures est une estimation du temps qu’a consacré Réal Dagenais à la construction de ces maisons.











2020
Installation
Bois de charpente recyclé, porcelaine,
clous, vis et images d’archives numérisées

2,2 x 1  x 1,2 m








Olivier Gendron

 
 Saltimbanque et Nez Rouge




La figure du clown et ses multiples représentations occupent une place notable dans la démarche artistique d’Olivier Gendron et dans sa vie personnelle. Ayant grandi avec une figure paternelle autoritaire qui travaille dans le domaine professionnel de l’amusement, sa relation avec l’humour et l’autorité a toujours été particulière. Le fait que le rire et les clownesque aient toujours été partie intégrante de sa vie a aidé à former sa créativité. En explorant l’impact de l’humour, du jeu et de l’amusement, il a été amené à voir les multiples facettes qui en découlent et qui sont parties prenantes de notre société contemporaine. Dans cette série, Olivier Gendron s’auto portraiture par différentes figures de l’humour qui dialoguent entre elles, qui se répondent et qui se contrastent. La technique du moulage utilisée dans l’un souligne l’autoreprésentation littérale alors que le façonnage utilisé dans l’autre laisse voir le geste de création, appuyant une autoreprésentation plus conceptuelle. 


























Les deux œuvres présentées ici évoquent des figures clownesques différentes avec des caractéristiques propres à chacune : Le saltimbanque se rapproche de la figure du saltimbanque qui est plus ancienne que celle de Nez rouge, qui illustre plutôt le clown contemporain, le clown torturé qui doit faire rire coute que coute. Un contraste est aussi marqué par le choix des matériaux qui se répondent néanmoins par leur aspect réfléchissant. Le travail de la céramique, médium stable et pérenne lorsque cuit, comporte une charge historique, alors que les ballons noués marquent un caractère de l’actuel et du labile. Ce dialogue entre différents référents temporels et culturels suggère l’évolution de la figure de l’amuseur à travers les époques. Bien que l’humour se soit transformé, certaines fonctions du rire demeurent similaires. Comment le rire peut-il être à la fois synonyme de liberté, de rigueur ou d’oppression? Comment le rire peut-il être utilisé pour intimider, soumettre ou simplement pour faire preuve d’une vitalité éclatante? Animé par les théories du rire, notamment par les écrits de David Le Breton, Olivier Gendron s’intéresse à toutes les nuances du rire, à ses ambiguïtés et aux myriades d’émotions qui peuvent y être rattachées. Ses bustes ont en commun un faciès à la bouche ouverte, figé dans un entre-deux, proposant deux chemins narratifs possibles : soit le début d’un rire ou la fin de celui-ci par une déception.














Le saltimbanque
2019
Grès émaillé et latex
84 x 48 x 81 cm






Nez rouge
2019
Grès émaillé et latex
63,5 x 43 x 76 cm